ARNAUD BOVIÈRE

   Le 27 janvier 1995, Solenn Poivre d’Arvor émut la France en mettant fin à ses jours et en laissant ces mots à son père : « Merci pour tout mais je n’aime pas la vie. » Elle devient, malgré elle, un symbole de la lutte contre l’anorexie. Le 17 novembre 2004, Véronique et Patrick Poivre d’Arvor inaugurent avec l’aide de Bernadette Chirac et des Pièces Jaunes, la Maison de Solenn, un lieu spécialisé dans la prise en charge des maux touchant l’adolescence. Après avoir été hospitalisé en 2007 dans ce lieu hors-norme, il m’est apparu essentiel d’écrire et de faire naître un texte qui aurait pour vocation d’exprimer l’importance de la vie et du sourire, un texte qui sonnerait comme un hommage adressé à Solenn ainsi qu’aux adolescents qui nous ont malheureusement quittés.

    Ce texte fut rédigé sous la forme d’une pièce de théâtre intitulée Aux fleurs du temps. Le projet, soutenu par Patrick Poivre d’Arvor, la Maison de Solenn, les Pièces Jaunes, la Fondation des Hôpitaux de France, et l’université de la Sorbonne- Nouvelle, a été porté sur scène une première fois du 29 octobre au 20 décembre 2015, à Paris, au Théo Théâtre. Pour que le texte puisse toucher le plus grand nombre, son thème a été volontairement sorti du milieu hospitalier. L’hommage, intimement lié à Solenn, prend ainsi une dimension bien plus large, et s’adresse à chaque personne ayant un jour perdu un être cher.

    Mêlant tendresse, émotion et légèreté, la pièce se veut à la fois universelle et authentique. Universelle car elle s’adresse à chacun et traite de l’absence, de l’anecdote personnelle qui devient, une fois évoquée, celle de tout un monde à l’écoute, et de l’amour qui survit et semble s’établir différemment dès lors qu’une personne n’est plus physiquement à nos côtés. Authentique également, dans le caractère unique qui se lie entre Dan’ et Val’, les deux personnages. En effet, qu’il s’agisse de l’histoire ou du jeu mis en place sur le langage, le dialogue devient, le temps d’une pièce, l’exutoire par lequel la vie suit son cours.

   Passé et présent s’associent, et, par la parole énoncée, dissocient les souvenirs pour rendre compte de cet instant partagé avec le lecteur. L’absence devient alors la présence évidente de la pièce. Ce recueillement apparaît comme le personnage principal qui noue les relations entre Dan’ et Val’. Par cela, tout en prenant corps dans l’absence de cette jeune femme, il permet l’évocation de la vie par les souvenirs. 

Arnaud Bovière