NOTE D'INTENTION

    Une vieille caisse en métal, rouillée. Sale de misère, de mort, et d'espoir. Un baril recouvert des empreintes de mains des kids. Rouges comme le sang, et comme la vie.

    Des percussions. De la musique. Tribale et sauvage, guerrière, festive. Pour oublier certaines choses.

    Des douilles sur le sol, comme des petits cailloux. Laissées là par les kids pour ne pas oublier d’autres choses, pour se souvenir du miracle d’être en vie. Et de ceux qu’ils ont perdus.

    Car ces orphelins, perdus au cœur d’une guerre qui les dépasse, ont vu leur vie, leur monde, se transformer peu à peu en un champ de ruines et de cadavres, de souvenirs brisés, d’une innocence à jamais altérée par un mal incompréhensible. Un mal insoutenable.

    Sarajevo, Bosnie-Herzégovine. Un siège de quarante-trois mois. Un enfer soudain. Un enfer dans lequel les snipers reçoivent une prime s’ils parviennent à tuer un enfant. Un enfer sur terre mêlé d’absurdités humaines.

    Car nous parlons bien d’humanité ici, une humanité sauvage et primaire, souvent violente, instinctive, presque animale. Et c’est ainsi que les kids se souviennent, se remémorent. Par nécessité. Et ce, à travers divers basculements dans le temps, entre Sarajevo sous les bombardements et les tirs de snipers, et l’aube d’un premier jour nourri d’espoir, sans la guerre et sans la peur. Et c’est par les didascalies de Fabrice Melquiot que cette multi-temporalité est montrée sur scène. Des didascalies dîtes par les kids eux-mêmes, racontant Leur Histoire. Leur Mémoire. Comme un ultime témoignage. Apportant une dimension onirique aux souvenirs de l’enfer.

   Tous ces basculements sont également accompagnés des chants de ces orphelins, comme des cris de guerre, parfois doux, justes, parfois maladroits, drôles, bousculés, fissurés. Le tout ponctué par des percussions sauvages et tribales, avec un djembé, du bois, du plastique, du métal, ...

    Des matières primaires, élémentaires. Des matières vivantes.

    En fin de compte, ces jeunes adolescents, malgré les horreurs et le chaos, rêvent. Tout simplement. S’efforcent d’apprendre, de s’amuser, de s’aimer, comme les enfants perdus du Pays Imaginaire. Car c’est au travers de ces rêveries, ces espoirs, et ces jeux que les kids s’échappent et réapprennent à vivre.

    Une célébration de la vie au-delà de la mort. L'Art comme outil d'engagement, dans un monde qui se déchire dans dans des guerres dépourvues de sens. L'Art comme acte nécessaire. Comme acte de résistance. 

 

    Voilà ce que se doit d’être cette pièce. Voilà ce que font les kids. Jouer, s’aimer, rire. Résister. Pour oublier la guerre, la perte de leurs familles. Pour se souvenir de la lumière.

    Pour ne pas oublier que certaines choses ne devraient plus se reproduire. Pour survivre.

Kevin Chemla